Pablo Neruda


Poète chilien (1904-1973)


Pablo Neruda, 13 juin 1966 à proximité de New York
© Getty / Sam Falk

Biographie

D'origine modeste, Pablo Neruda, de son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto, est né le 12 juillet 1904 à Parral, au Chili. Son enfance, très proche de la nature, a pour cadre Temuco, petite ville de l'Araucanie. Dès l'adolescence, et pendant ses études dans la capitale Santiago, il écrit avec avidité. Depuis 1923, date de Crépusculaire (Crepusculario), les oeuvres se succèdent au long d'une vie marquée par les voyages, l'errance, l'exil: «Ainsi toute ma vie, je suis allé, venu, changeant de vêtements et de planète.»

À partir de 1927, Pablo Neruda occupe plusieurs postes consulaires: Rangoon, Colombo, Batavia, Buenos Aires.

En 1935, il est à Madrid, la veille de la guerre civile.

En 1940, après un séjour au Chili, Neruda est nommé, consul général au Mexique. La peinture des grands muralistes, Orozco, Rivera, Siqueiros, n'est pas sans influence sur Le Chant général (Canto general) qu'il compose alors.

En 1945, le poète est élu sénateur des provinces minières du nord du Chili; la même année, il adhère au Parti communiste mais les persécutions du président de la République, Gabriel González Videla, l'obligent à fuir son pays. À nouveau, les voyages se multiplient aux quatre coins du monde.


En 1950, Neruda obtient le prix Staline de la paix.

En 1970, il est nommé ambassadeur du Chili, sous le gouvernement socialiste du président Allende.

Le 21 octobre 1971, il reçoit la consécration du prix Nobel de littérature. Dans le discours qu'il prononce à Stockholm, le poète évoque avec tendresse les frères inconnus qui l'aidèrent à franchir les Andes alors que sa tête était mise à prix dans son propre pays (1949). Réaffirmant « qu'il n'y a pas de solitude inexpugnable et que le poète n'est pas «un petit dieu», Neruda se rallie à la prophétie de Rimbaud : «À l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes», en laquelle il voit la proclamation d'un avenir certain.


En 1972, il prononce devant le Pen Club International un discours dénonçant le blocus américain contre le Chili. Géographie infructueuse (Geografía infructuosa, 1972) paraît en mai à Buenos Aires : pressentant sa proche agonie, le poète s'interroge sur sa vie et sur son oeuvre poétique. Renonçant à son poste, il quitte la France le 20 novembre 1972 et rentre au Chili avec Mathilde Urrutia. Son peuple l'accueille triomphalement à Santiago. Ses oeuvres, au fil des ans, n'ont pas cessé de voir le jour, tout imprégnées des péripéties d'une vie tumultueuse et généreuse : «Je déclare ici que personne n'est passé près de moi qui ne m'ait partagé. J'ai brassé jusqu'au coude et rebrassé dans une adversité qui n'était pas faite pour moi dans le malheur des autres.»

En 1973, Neruda participe à la campagne pour les élections de mars en écrivant Incitation au nixonicide et éloge de la révolution chilienne (Incitación al nixonicidio y alabanza de la revolución chilena, 1973); tout en chantant l'Océan et Quevedo, il fustige dans de courts pamphlets les «politicards» et les «larrons». Le 11 septembre, un putsch militaire renverse le gouvernement de l'Unité populaire. Allende est assassiné à la Moneda.


Le 24 septembre 1973, Pablo Neruda meurt à Santiago. Ses obsèques se déroulent en présence de l'armée : des chants jaillissent de la foule, témoignant, par-delà la mort, du pouvoir subversif de la poésie.  (Repris sur le site de l'Académie de Bordeaux)


Photo datée du 21 octobre 1971 de l'écrivain, poète et diplomate chilien, Pablo Neruda, alors ambassadeur du Chili en France, répondant aux questions des journalistes, au côté de son épouse, à l'ambassade chilienne, après avoir reçu le prix Nobel de littérature. AFP/STF

 Podcast
 
                     


Pablo Neruda décédé quelques jours après le coup d'état de Pinochet au Chili. Et si l'ami de Salvador Allende avait été assassiné pour l'empêcher d'incarner la résistance ?

La rumeur de l’assassinat de Pablo Neruda avait couru mais ses proches, et même sa veuve, n’en avaient jamais fait état : le poète était malade et sa mort, à 69 ans, semblait naturelle. Cependant, son chauffeur ne cesse depuis quarante ans de dénoncer ce qu’il considère être un crime en rapportant des éléments troublants… Il vient d’être enfin entendu et sa plainte a été jugée recevable : la dépouille de Neruda a été exhumée et les médecins doivent maintenant rechercher sur ses restes d’éventuelles traces d’empoisonnement. Même si cette expertise, tant d’années après la mort de l’écrivain, demeure aléatoire…

Toutefois, au-delà de la preuve scientifique que les spécialistes en toxicologie pourraient livrer, de nombreux autres faits accréditent le soupçon. À commencer par la mort d’une autre figure de la société chilienne,l’ancien président Eduardo Frei, dont on sait aujourd’hui qu’il a été victime d’un empoisonnement criminel… Et qui, coïncidence troublante, est décédé dans cette même clinique où Neruda s’est éteint. Mais il y a aussi la présence au sein de la police secrète du régime d’un certain Eugenio Berrios , un expert en poisons qui a donné maintes preuves de ses redoutables talents avant d’être supprimé à son tour…